Eislingen am Fils ( Allemagne)


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La batteuse vue par un enfant des années 1950. Certains objets ont sans doute une âme, ou au moins une présence qui nous les fait regarder comme des personnages de notre lieu de vie : parmi ceux-là, je mettrai sans hésitation la batteuse. Je devais avoir entre 5 et 7 ans, et j’allai passer chaque été deux semaines dans la ferme des parents de Berthe au hameau de Vonette dans les monts du Forez: c’est la première ferme que l’on rencontre lorsque l’on prend la petite route qui descend du Col de la brosse, paradis des amateurs d’airelles, pour rejoindre le bourg de La Valla sur Rochefort. Les amis du bourg et de ma génération se souviennent certainement de « ma Berthe » notre première « bonne », arrivée chez nous sans doute peu de temps avant ma naissance, donc vers 1950, pour seconder nos Parents qui tenaient alors un commercedans mon village, Saint Didier su Rochefort. . Cela devait être vers fin août, les blés avaient été fauchés, les gerbes mises en meules près des maisons, et le travail du battage pouvait commencer. Chaque ferme s’y employait à tour de rôle, et bénéficiait d’une chaîne de solidarité composée d’hommes et parfois de femmes des fermes alentours. Quelques jours avant son arrivée, la batteuse occupait les conversations et mobilisait la maison : Paul, le frère de Berthe, se rendait chaque jour dans un hameau de La Valla pour aider à la batteuse dans une ou plusieurs fermes. La maman de Berthe et ses deux filles préparaient les boissons, les casses croûtes et le repas qui représentait bien plus pour la maison que la pause déjeuner : C’était un grand moment de convivialité, un temps festif au cours duquel s’échangeaient commentaires, informations, grivoiseries parfois, nouvelles, et surtout les histoires drôles qui réunissaient tous les participants. Le compliment aux femmes de la maison n’était pas conventionnel, il était naturellement sincère et valait tous les mercis. Enfant, je ne devais pas tout comprendre, ce qui était sans doute une bonne chose, mais j’étais bien, et je m’en souviens. L a veille, Paul restait à la ferme et s’attachait à égaliser ce qui serait la zone de travail : la place du tracteur et de la batteuse. L’attelage arrivait le soir après avoir vaillamment servi dans une ferme ou un hameau voisin, afin d’être prêt à fonctionner tôt le lendemain matin. Les jours précédant , déjà on avait pu entendre le vrombissement régulier des machines inséparables provenant des fermes voisines, tel une plainte continue et haut perchée, que produisaient de façon combinée le moteur du tracteur, la rotation rapide de la grande courroie d’entrainement et des engrenages de la batteuse qui provoquaient l’oscillation du plateau supérieur. Une fois positionnés, les hommes callaient les roues des deux inséparables afin de les mettre à niveau et les reliaient par une longue courroie plate qui dessinerait perpétuellement un huit couché, aérien et vibrant. Tôt le matin, les servants de la batteuse convergeaient vers elle, et la chaîne humaine se reformait et se mettait en mouvement : les uns effeuillaient la meule comme un artichaut, gerbe par gerbe, les autres reprenaient les gerbes au sol pour les élever vers deux hommes perchés sur un mini rebord fixé à mi hauteur sur un côté de la batteuse ; sans cesse ils coupaient les liens des gerbes et étalaient les pailles avec leurs épis afin de leur faire rendre les grains de céréales. D’autres récupéraient les sacs de blés, qu’ils portaient dans la grange, ou les pailles dégorgées remises en gerbes pour reconstruire une nouvelle meule, qui deviendraient ensuite litières pour les étables. Chaleur et poussière étaient l’ambiance du travail, et de façon régulière la maîtresse de maison veillait à ce qu’aucun membre de la chaîne ne soit atteint de déshydratation…c’était une forme naturelle et avant gardiste du sacro-saint principe de précaution. Meules de paille, gerbes, batteuses, ont pratiquement disparu du paysage, Laissant malgré tout leur empreinte dans les souvenirs de scènes de vie collectives et de solidarités ou dans les toiles des peintres qu’elles ont inspirées, Que les puristes du machinisme agricole me pardonnent, mais depuis 50 ans, j’ai pu commettre des erreurs dans le mode d’emploi : en tout cas, c’est ainsi que me revient ce moment merveilleux et magique pour des yeux d’enfant.